Les sous-répartiteurs seront-ils dégroupés ?


Ecrit par François Le Gall le mardi 22 juillet 2008 à 11h48

Actualités Technologies Réseaux

Les opérateurs alternatifs pourraient bientôt installer leurs propres équipements au niveau des armoires de rue à proximité des logements.


Dégroupage des sous-répartiteurs C'est en tout cas la volonté de plusieurs parlementaires qui ont amendé le volet "Télécoms" de la Loi de Modernisation de l'Economie. Selon notre confrère TheInquirer.fr, l'article 29 bis A de la LME définit désormais les bases de ce que l'on peut nommer le "dégroupage de la sous-boucle locale".

Rappelons qu'actuellement, le modèle français est celui du dégroupage de la boucle locale reposant sur l'installation de DSLAM dans les centraux téléphoniques de France Telecom (13000 NRA ou répartiteurs en France). Schématiquement, les données IP transitent via la ligne téléphonique du modem vers le sous-répartiteur à proximité, avant d'atteindre finalement le répartiteur. Elle sont ensuite redirigées par fibre optique vers le réseau du fournisseur d'accès de l'abonné ADSL.

Qu'est-ce qui pourrait changer en passant au niveau de la sous-boucle ? Avec cette nouvelle loi, le dégroupage serait effectué bien plus "bas" sur le réseau. En clair, l'opérateur pourra installer son DSLAM au niveau du sous-répartiteur. Etant bien plus proches des abonnés, les sous-répartiteurs dégroupés seraient ainsi en mesure de couvrir intégralement le territoire avec la technologie ADSL.

En favorisant le déploiement de la fibre optique jusqu'aux armoires de rue, le législateur veut réduire l'affaiblissement des lignes ADSL existantes. Concrètement, les internautes déjà connectés bénéficieraient automatiquement d'une connexion de bien meilleure qualité (davantage de débits, TVHD par ADSL), tandis que les "oubliés" situés en zone blanche deviendraient enfin éligibles à l'ADSL.

Techniquement, France Telecom met déjà en pratique ce système via ses offres NRA-HD (Haut Débit) et NRA-ZO (Zone d'Ombre). On compte uniquement quelques centaines de NRA-HD sur le territoire, un chiffre peu important au vu du parc total de 13 000 NRA et de 120 000 sous-répartiteurs. Il faut dire que les obstacles ne manquent pas.

Le premier obstacle est technique. Les sous-répartiteurs sont de petites structures sur lesquelles il n'est pas simple de greffer des équipements nouveaux. Sans parler des travaux de génie civil ou du niveau des responsabilités des différents intervenants.

Le second obstacle est économique. Alors qu'actuellement seuls 25% des NRA sont dégroupés (soit un potentiel de 55% des lignes France Telecom), pourquoi les opérateurs alternatifs investiraient-ils dans les sous-répartiteurs, plus petits et donc moins rentables ? Si les équipements individuels suceptibles d'équiper les sous-répartiteurs sont sans doute moins chers à l'unité, la facture risque d'être salée sur des dizaines de milliers de sites hétérogènes et éparpillés.

Enfin, le dernier obstacle est technologique et stratégique. A l'heure de la révolution du très haut débit et de la fibre optique, les FAI sont davantages intéressés par les technologies FTTx. Quitte à s'approcher des abonnés, autant pousser la logique jusqu'à installer de la fibre optique directement chez les particuliers. Sans oublier que les opérateurs ont à coeur de ne plus être dépendant du réseau RTC (paire de cuivre) de France Telecom, et de multiplier les profits grâce aux contenus à valeur ajoutée (VoD HD...).


Le sénateur Philippe Leroy, à l'origine de l'amendement, souligne que "le dégroupage de la sous-boucle locale se fait partout sauf en France". En désirant briser le monopole de l'opérateur historique sur ce créneau, le parlementaire aimerait faire d'une pierre deux coups : en finir avec la fracture numérique et ne plus faire payer les collectivités pour financer les solutions NRA-ZO par exemple. Mais à force de vouloir le beurre et l'argent du beurre, n'y a-t-il pas un risque de ne rien avoir du tout, faute d'initiative ou de moyens ? Cet amendement semble par ailleurs arriver bien tardivement alors que de nombreuses collectivités ont déjà investi largement pour développer des réseaux d'initiative (délégations de service public), du WiMax, des réseaux maillés Wi-Fi ou encore démocratiser l'Internet par Satellite.


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