La grande illusion de la France fibrée à 100%


Ecrit par François Le Gall le jeudi 24 juin 2010 à 13h54

Actualités Technologies Réseaux

Le doux rêve de fibrer 100% des français risque de virer au cauchemar si la technologie FTTH monopolise tous les débats et tous les investissements.


Est-il techniquement possible de fournir une connexion FTTH (fibre optique jusqu'au domicile) à tous les français sans exception ? "Oui, on a bien réussi à amener l'électricité et le téléphone dans chaque foyer" répondent les plus optimistes !

Mais si théoriquement on peut évidemment remplacer tous les lignes téléphoniques par de la fibre optique, en pratique, il est irréaliste d'envisager à moyen terme une France de la fibre se rapprochant un tant soit peu de la France de l'ADSL que nous connaissons aujourd'hui.

Ni pessimistes ni alarmistes, ces propos visent à rappeler que la fibre, aussi désirée soit-elle, ne remplacera pas la paire de cuivre chez la majorité des internautes français avant de très longues années. Malgré les récentes "avancées" sur le dossier du déploiement de la fibre optique (définition d'un cadre règlementaire en zone très dense, reprise des investissements chez Orange...), le FTTH est actuellement au point mort comme le montrent les chiffres de l'ARCEP.

Plusieurs raisons expliquent ce paradoxal statu quo alors même qu'on dénombre 860 000 logements éligibles pour seulement 75 000 clients FTTH. On peut notamment pointer notamment le manque de communication des opérateurs. aucune publicité ne vante encore la fibre d'Orange, de Free ou de SFR alors que leurs offres FTTH sont disponibles depuis plusieurs années. Les galères et les mésaventures des premiers abonnés FTTH ont par ailleurs pu freiner les ardeurs de certains internautes comme cela a pu être le cas à Pau (SFR) ou à Valenciennes (Free) semble-t-il.

Le parcours de la fibre jusqu'à l'abonné est semé d'embûches. L'information au près des syndics d'immeubles n'est pas suffisamment efficace, ce qui retarde considérablement la signature des très convoitées conventions. Pire ! Les déploiements horizontaux (depuis les points de présence jusqu'au pied des immeubles) ne sont tout simplement pas légion faute d'investissements suffisants et d'accords pour la réutilisation des réseaux existants.

Pour illustrer cette réalité, prenons la situation d'Orange, actuellement l'opérateur FTTH le plus avancé en France. Orange annonce 38 000 clients fibrés dans une douzaine des plus grandes villes de l'Hexagone (Paris, Toulouse, Nantes, Lille, Lyon, Marseille, Bordeaux...) où dispose d'un parc de 560 000 foyers raccordables (accords signés avec le syndic).

Si les principales métropoles régionales ne sont toujours pas atteintes par la fièvre du FTTH, qu'en sera-t-il de la centaine d'autres zones urbaines de la Zone 1 et a fortiori des zones 2 et 3 bien moins denses et rentables ? Le Président de la République a fixé l'objectif d'une couverture à 100% en Très Haut Débit d'ici 2025. Dans 15 ans, tous les français, qu'ils habitent au pied de la Tour Eiffel ou au coeur du Larzac, devront donc être éligibles à une offre 50 ou 100Mbits.

Il reste difficile de se projeter dans 15 ans (une éternité dans les télécoms !) alors même qu'une simple connexion haut-débit (100 fois moins rapide que la fibre) n'est toujours pas disponible pour 500 000 foyers français (hors satellite). On peut donc affirmer sans risques que le FTTH restera encore un rêve inaccessible pour les 40% de la population française vivant hors des villes.

Jusqu'en 2015-2020, la fibre optique ne concernera essentiellement que les villes. A titre d'exemple, Orange annonce une couverture FTTH à 40% de Rennes (la plus grosse ville de Bretagne) pour fin 2010, à 80% pour fin 2015 et à 100% en 2020. Inutile de croire que le FTTH débarquera de sitôt en pleine campagne avant un bon moment donc !

Le FTTH seul est une utopie mais cela ne signifie pas pour autant que le Très Haut Débit pour tous est un objectif inatteignable. Selon l'INSEE, 95% des communes françaises ont moins de 5000 habitants, et 60% comptent moins de 500 habitants. Comment faire pour ne pas les exclure du Très Haut Débit ?

Le véritable enjeu est donc de casser le "monopole" du FTTH et de commencer à réfléchir sérieusement aux alternatives. Peu médiatisées, peu connues et donc peu mises en avant, quatre solutions existent pourtant.

Le FTTLa
A l'image de ce qui se passe en Corée du Sud ou au Japon, la modernisation des réseaux câblés en réseaux fibrés avec une terminaison coaxiale permet à Numericable de proposer déjà des offres jusqu'à 100 Mbits à 4 millions de foyers. Grâce à ses propres investissements et aux accords qu'ils passent avec certaines collectivités, Numericable continue de rénover son réseau qui couvre au total 9.4 millions de prises en France.

L'intérêt de la fibre jusqu'au dernier amplificateur (FTTLa) est de profiter de la présence des câbles coaxiaux dans les immeubles. Le cablo-opérateur peut ainsi dérouler rapidement et à moindre frais la fibre jusqu'au pied des immeubles et fournir immédiatement des services à Très Haut Débit. 40% des villes de 10 000 à 30 000 habitants sont câblées, cette solution permet donc aux municipalités d'envisager des économies de temps et d'argent.

Le FTTC
Abréviation anglophone signifiant fibre jusqu'au sous-répartiteur, le FTTC (fiber to the curb) repose sur le même principe que le NRA-ZO en France. Grâce à une fibre optique tirée jusqu'au armoires de rue où sont brassées les lignes téléphoniques, les abonnés bénéficient d'une hausse de débit conséquente et de services tels que la TVHD ou le multi-room. La montée en débit, retoquée par l'Autorité de la Concurrence, n'est certes pas exempte d'inconvénients mais elle a le mérite de représenter une solution intermédiaire à court terme.

Le satellite
Lors de la publication du volet numérique du Grand Emprunt, le Gouvernement a annoncé une enveloppe de 300 millions d'euros pour cofinancer le projet MegaSat. Il s'agit d'un satellite qui permettrait une connexion de 50Mbits pour 750 000 foyers français. Soutenu par Eutelsat notamment, ce projet présente l'avantage d'augmenter considérablement la bande passante sans contrainte de déploiement ni d'éligibilité, y compris dans des zones rurales isolées. Mais qu'en sera-t-il pour le débit montant, les quotas, le temps de réponse, et la disponibilité selon la météo ?

La 4G
Dans les prochaines années, le Très Haut Débit mobile est amené à bouleverser le paysage Internet français. En plus de consolider les réseaux de téléphonie mobile existants - et éviter la saturation causée par l'explosion des smartphones - la 4G permettra une vitesse de 100Mbits en réception et de 50Mbits en émission.

Ces dernières semaines, Orange a par exemple atteint un débit de 55 Mbit/s sur son réseau LTE (Long Term Evolution) expérimental dans le sud de Paris. N'oublions pas non plus le WiMax qui, bien que décrié ici et là, pourrait lui aussi jouer un rôle important. L'intérêt de la 4G repose dans la capillarité du réseau "sans fil" des opérateurs. D'une bonne portée et capables d'évoluer relativement simplement, les antennes d'Orange, SFR, Bouygues (et d'ici là Free) pourraient fournir du très haut-débit aux sédentaires et aux nomades sans avoir à tirer une fibre par foyer.


La desserte FTTH de tous les français correspond à un investissement de 30 milliards et la pose de plus d'un million de kilomètres de fibre. Selon une étude conjointe du cabinet Tactis et du Centre d’Etudes Techniques de l’Equipement de l’Ouest, la facture ne serait plus que de 18 milliards si le déploiement FTTH se limitait à 80% de la population en zone dense, complété par la 4G (15% de la population) et par la montée en débit des sous-répartiteurs (5%). Malgré les qualités indéniables de la fibre, la pensée unique du "tout FTTH" est donc contre-productive et coûteuse. Pour éviter que le fossé numérique qui sépare déjà les français ne devienne infranchissable, il est urgent de ne pas limiter le débat du Très Haut Débit au FTTH.


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