Accueil S'informer Technologies réseaux La fibre : un bon investissement pour la relance ?
Par Ronan le vendredi 13 février 2009 à 19h39
Avec 789 milliards de dollars prévus au budget, soit plus de cinquante fois le bénéfice réalisé par Total, les US vont injecter dans l'économie une quantité d'argent d'une importance jamais vue dans le cadre d'un plan de relance.
Pour être efficace, économiquement parlant, sur le plan national, l'argent dépensé pour un plan de relance doit impliquer la création d'emplois non délocalisables.
Dans le cas typique des politiques de grands travaux, déjà théorisées sous Roosevelt et son New Deal, l'on s'appuie, par exemple, sur le fait qu'il n'est pas possible de creuser un tunnel ou de bâtir une autoroute ou un immeuble en télétravail et que, de toute façon, aucune entreprise ne l'aurait fait à la place de l'Etat.
Les salaires seront donc versés à des personnes vivant sur le territoire américain, des gens qui dépenseront donc leur salaire dans des échoppes américaines, sans que l'intervention de lEtat ait été pénalisante pour les entreprises en place.
Entre autoroutes et "autoroutes de l'information", il n'y a qu'un pas, que les opérateurs télécom aimeraient bien voir franchi aussi promptement que possible, sous certaines conditions, et que les politiques ne font qu'à reculon, car le principe d'utilité publique est moins flagrant en l'espèce que dans d'autres cas.
En ce qui concerne les autoroutes, et même si leur réputation est un peu ternie de par leur empreinte environnementale, elles ont un intérêt facile à percevoir : elles aident à diminuer le temps que les citoyens doivent investir pour se rencontrer ou que des marchandises physiques prennent pour arriver à bon port. De plus, il est relativement facile de passer rapidement à la phase de réalisation, pour ce genre de travaux publics.
Que le TGV arrive jusqu'à Brest, par exemple, est depuis longtemps demandé par les élus bretons et a déjà fait l'objet de plans, repoussés pour de simples difficultés de financement.
Les infrastructures de communication telles que la fibre optique, basées sur des cycles de consommation plus courts que le désir de voyage, doivent faire l'objet d'une étude marketing poussée... et parfois longue... pour être correctement dimensionnées et pouvoir être planifiées.
Ceci entraîne une baisse des prix des marchandises, puisqu'elle peuvent être proposées sur plus de marchés différents, à moindre coût logistique.
Un investissement qui ne fait de tort à aucune entreprise en place, la faculté de créer des routes est, souvent, d'utilité publique. En ce qui concerne les autoroutes de l'information, les choses sont plus compliquées.
Utilité publique du très haut débit : l'évangélisation reste encore à faire
Un investissement dans les infrastructures de fibre optique est possible dans de nombreux pays, dont la France, qui ne proposent pas encore un accès à très haut débit à chaque citoyen. Et une chose est sûre : les opérateurs en place ne sont pas prêts à amener le très haut-débit partout en France sans subventions publiques.
Pour bien comprendre les enjeux de la fibre optique, il faut savoir ne pas limiter le raisonnement à un simple investissement économique. Si l'on se tient simplement à des arguments économiques, un investissement public majeur dans la fibre optique n'a pas forcément de sens, comme en témoigne la réaction de The Economist, un hebdomadaire anglais influent, qui invite à ne pas (dé)penser trop vite...
Selon une étude, l'arrivée du haut-débit dans un état américain y a, certes, augmenté l'emploi de 0.2 ou 0.3% par an. mais, dans cet article, le chroniqueur rappelle à bon escient que le passage du haut-débit au très haut-débit a un impact bien moins perceptible que celui qu'à engendré le passage du bas-débit au haut-débit.
N'en déplaise aux théoriciens de l'histoire des échanges commerciaux, il n'est absolument pas acquis que l'arrivée de nouveaux abonnés bénéficiant d'une grande bande passante disponible va permettre l'émergence de nouveaux services.
C'est simplement probable... Mais doit-on miser sur cette probabilité plus de six milliards aux Etats-Unis, soit le chiffre aujourd'hui prévu dans le budget et ayant fortement déçu les groupes d'intérêt, ou les 10 milliards demandés par le CES pour la mise à très haut-débit de la France, pour un scénario simplement probable ?
Des investissements dans la fibre financés par l'Etat, en France ?
Car cette question n'est pas uniquement posée à l'échelle des US, mais est également à l'ordre du jour en France. Le département des Hauts de Seine avait déjà joué les éclaireurs en 2007, en proposant de la fibre optique pour tous.
Dans ce cadre, l'investissement du département 92 avait été de 59 millions d'euros ainsi que l'octroi d'une concession de 25 ans. En multipliant par 100 départements, l'on arrive déjà à presque 6 milliards rien que pour la France. En prenant en considération le fait que tous les départements ne sont pas aussi plats et densément peuplés que celui des Hauts de Seine, l'on comprendra que le chiffre de dix milliards nécessaires pour construire ce réseau, soit plus de 150 euros pour chacun des 65 millions de français, ce chiffre n'est pas que fantaisiste et propice aux unes de la presse...
Au Japon, le déploiement a été possible sans intervention de l'Etat, les entreprises y ayant traditionnellement une vision à plus long terme que celle des grandes entreprises cotées occidentales, dont les patrons jouent leur job sur les résultats de leurs trois dernières années et ne peuvent donc généralement pas se permettre d'essuyer des pertes 5 années de rang avant d'atteindre la rentabilité sur une gamme de produits.
Leur focus sur la qualité est également source de surprises : jusqu'en 2007, il y avait bien un débit symétrique absolument mythique sur la fibre de NTT, mais pas d'IPTV, parce que le kereitsu estimait que son infrastructure n'était pas encore suffisamment fiable.
En Corée du Sud, l'autre exemple habituel cités par ceux qui veulent parler de réseaux évolués, avec ses compétitions de jeux vidéo massivement suivies à la télévision, pas d'IPTV et de téléphonie sur IP jusqu'à il y a seulement quelques mois...
Aujourd'hui, il n'existe donc pas de pays où les possibilités de la fibre aient vraiment été testées à 100% sur une période significative, tant sur le plan technologique, que de leurs économique que social... Faut-il vraiment, dans ce cadre, en vouloir aux politiques de ne pas souhaiter "tenter leur chance" avec l'argent du contribuable, même un vendredi 13 ?
La fibre : pas uniquement pour injecter des liquidités au petit bonheur la chance...
Un argument en faveur d'un acroissement des moyens dévolus à la pose de fibre optique, et complètement délaissé dans le débat actuel, est celui de l'impact environnemental d'une telle mesure. Aujourd'hui, des gens sont obligés de se déplacer pour avoir accès à Internet à un débit correct.
Pour des réunions d'importance moyenne, des décideurs doivent prendre l'avion, la voiture ou le train pour pouvoir négocier et réfléchir dans de bonnes conditions. Les gens doivent déménager pour suivre leurs études.
Tout ceci a une forte incidence environnementale au sens large : chaque déplacement et déménagement est source de pollutions, de pertes de temps et de problèmes sociaux, car la distance distend les liens entre les personnes.
Avec du très haut-débit pour tous, le télé-travail est facilité, l'on peut faire d'excellentes vidéo-conférences, tant pour suivre des cours que pour négocier sereinement, sans se sentir bloqué par le fait que l'on ne puisse communiquer que par la parole, ou même par les images déformées d'une webcam. Et les bouchons sur le périph' sont tout à coup moins pesants, d'autant plus qu'il est possible de vivre sereinement, dans sa petite commune.
Quand aux courses, eh bien, elles seront livrées à domicile, un hypermarché virtuel étant bien moins fatiguant à parcourir qu'un réel, en particulier pour les personnes âgées. C'est tout celà que peut apporter le très haut débit, et c'est tout celà qui devrait inspirer nos décideurs dans leur recherche de ce qui est bon pour la France, le budget de l'Etat et la relance de l'économie...
écrit par :
Ariase
Test d'éligibilité ADSL et Fibre optique
Source : VnuNet
Source : The Economist
Bonsoir,
très bel article, j'ai rien à redire si ce n'est que quand je vois les impôts que je verse chaque année à nos collectivités qui le dépensent bien souvent n'importe comment, je veux bien donner 150 euros de plus cette année pour installer la fibre ![]()
bonsoir a tous
entièrement de ton avis oxalate,moi aussi je veux bien donner 150€ de plus cette année pour la fibre
mais j'ai l'impression que personne veux se lancer par peur de ne pas faire de profit assez important dans l'immédiat
crois tu que la fribre arriveras dans nos campagnes,bien loin des grands centre pollué
sa serais un bon moyen de repleupler nos campagnes où ils pourront respirer un peu d'air pur ![]()
Très difficile à faire, pour que la fibre arrive quelque part, il faut que le NRA sur lequel elle est relié ai le débit suffisant pour encaisser ca.
Si tu connecte des gens en fibre sur un répartiteur de campagne qui lui n'est pas fibré vers son nra principal, ca va pas le faire ^^
Sauf que les répartiteurs cuivres ne sont pas du tout prévu pour des raccordements fibres.
L'installation de la fibre dans une zone implique automatiquement la création de nouveaux répartiteurs spéciaux (NRO) ainsi que l'installation d'équipements d'accès tels que des OLT Alcatel pour FT.
Il va sans dire qu'un lien d'au moins 10 Gbps est également établi entre ce nouveau NRO et le reste du réseau (vers un routeur NC/NE et les BAS pour les connaisseurs).
C'est exactement le même problème pour la TV (abstraction faite des contraintes juridico-commercialo-politico-bolcheviques) : si le DSLAM ne possède pas des cartes particulières ainsi que le débit adéquat (chez FT c'est 155 mbits par DSLAM sans TV et 1Gbps avec TV), vous pouvez toujours vous gratter pour voir un semblant d'image.
Après, on voit Orange déployer la fibre en ville, ce qui est très différent de la campagne : dans une zone à 500 habitants ils pourront très bien supprimer totalement le réseau cuivre au profit de la fibre et ainsi utiliser le local de l'ancien NRA pour créer le nouveau NRO.
Dans ce cas, il faudra une offre de base FTTH à très bas prix pour ne pas se retrouver en procès avec la moitié des institutions et des personnes.
Citation :
le chroniqueur rappelle à bon escient que le passage du haut-débit au très haut-débit a un impact bien moins perceptible que celui qu'à engendré le passage du bas-débit au haut-débit.
Citation :
N'en déplaise aux théoriciens de l'histoire des échanges commerciaux, il n'est absolument pas acquis que l'arrivée de nouveaux abonnés bénéficiant d'une grande bande passante disponible va permettre l'émergence de nouveaux services.
Je pense que pour la construction des premiers autoroutes, on pouvait faire le même raisonnement par rapport aux routes, depuis avec l'augmentation du trafic ...
Citation :
Avec du très haut-débit pour tous, le télé-travail est facilité, l'on peut faire d'excellentes vidéo-conférences, tant pour suivre des cours que pour négocier sereinement, sans se sentir bloqué par le fait que l'on ne puisse communiquer que par la parole, ou même par les images déformées d'une webcam. Et les bouchons sur le périph' sont tout à coup moins pesants, d'autant plus qu'il est possible de vivre sereinement, dans sa petite commune.
Je ne pense pas qu'il faut impérativement du très haut débit pour le télétravail, ou la vidéo conf., ou suivre des cours, peut être faudrait il déjà que tous, nous ayons accès à l'ADSL, 4Mbits mini. Quel serait l'intérêt d'avoir notre réseau autoroutier si sur 40% du territoire nous n'avions que des chemin en terre (=pas accès ADSL), au mieux des chemins empierrés (=ADSL 512Kbts )
De toute façon pour suivre des cours de fac. à distance, il faut que les fac. mettent les cours en ligne, avec les PB actuels de l'enseignement sup. ce n'est pas demain la veille. Que les bibliothèques soient numérisées, et pour le TP de Chimie ou de physique, comment on fait? ![]()
Procédons par ordre, amenons le haut débit pour tous (le vrais 4Mbits mini) puis les habitudes se prendront, la téléconférence. se généralisera, l'enseignement s'organisera pour être suivi à distance, les entreprises pourront s'installer en dehors des grandes agglomérations, après le développement du très haut débit sera naturel
Citation :
Quand aux courses, eh bien, elles seront livrées à domicile, un hypermarché virtuel étant bien moins fatiguant à parcourir qu'un réel, en particulier pour les personnes âgées.
Est ce vraiment le problème, car aujourd'hui avec le simple ADSL on peux déjà faire ces courses sur Internet et ce faire livrer à domicile, donc la fibre très haut débit ne changera rien ici, je pense.
Par contre pour se faire livrer les courses par Auchan ou Carrefour il faut être dans la petite zone ou il font circuler leurs camions de livraison, la est à mon sens le vrai problème !
Je répondrais que, dans les tuyaux ou uniquement dispo pour les pros, on a déjà des exemples d'utilisation tels que ceux que j'ai cité qui demandent du très haut-débit, mais offrent en échange une qualité de vie largement accrue.
On peut les voir à Rennes, mais aussi dans d'autres villes de France, dans les Jardins de l'Innovation d'Orange.
J'avais eu l'occasion de visiter celui de Rennes quand j'étais étudiant et, déjà à l'époque, c'était particulièrement enrichissant.
La salle de réunion virtuelle donne vraiment des sensations de proximité : on s'assoit devant une table face à une glace, sur laquelle se projette en temps réel l'image des interlocuteurs en grandeur réelle.
Ceci permet d'avoir réellement le langage du corps, et donc d'instaurer une relation de confiance plus naturellement...
Etant donné qu'il faut faire passer de la vidéo HD et du Dolby Surround pour que l'illusion soit crédible, çà mange un max de bande passante...
Mais c'est un peu comme le home cinéma ou le son en 5.1 : çà change vraiment la façon d'apprécier les choses... et motiverait les gens à faire du télétravail, leurs cours à la maison ou à suivre des vidéo-conférences. (Il faut juste avoir une pièce aménagée pour accueillir cet espèce de télécran, pour reprendre l'idée de Bradbury. C'est vraiment agréable à l'usage.)
Sinon, pour les magasins, on peut voir aussi dans ces jardins de l'innovation des technologies haptiques (reposant sur la science du toucher) : des espèces de stylets à retour de force évoluant en trois dimensions, et complètement bluffants par leur sensibilité.
En extrapolant un peu, cette techno devrait permettre de faire ses courses en touchant virtuellement les produits, en les manipulant, en les tournant de façon naturelle, ce qui permet de les rendre plus accessibles.
Une interface 2D, c'est pratique, efficace, mais ce n'est pas suffisamment intuitif pour être utilisable complètement par des personnes habituées à certaines manières de faire.
Bonjour,
Bien sur qu'il y a plein de choses que l'on peut faire, avec le Très haut débit, dès aujourd'hui, qu'est ce qui nous empêche de relier dans un bâtiment dédié la grande ville (15000 habitants
) de mon département l'Ariège à certaines Fac de Toulouse, (bâtiment où les étudiants pourraient suivre les cours, et qui dépendrait de la fac) Les salles pourraient être équipées du matériel que tu décrit (la ville est fibrée optique), c'est sur que ça résoudrait en partie le pb du logement des étudiants, et ferait baisser le cout des études, {c'est bon de rêver
} mais encore faudrait il avoir la volonté politique pour faire les investissements nécessaires. De plus les grandes villes universitaires, ne seront pas d'accord pour perdre la manne que représente les étudiants.
C'est pour cela que je préconise un ADSL de qualité pour tous, afin de créer les conditions pour aller au delà.
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